Pour une ESN, l'intercontrat est le coût invisible par excellence : un consultant payé,
compétent, disponible, et qui ne facture rien. Quelques semaines d'intermission par consultant
et par an suffisent à effacer une bonne partie de la marge d'une agence.
Ce guide pose la définition, la façon de mesurer l'intercontrat, ses causes, et sept leviers
concrets pour replacer un consultant plus vite, dont un souvent ignoré : partir des entreprises
qui recrutent exactement son poste.
Intercontrat : la définition
L'intercontrat, aussi appelé intermission, désigne la période pendant
laquelle un consultant salarié d'une ESN ou d'un cabinet de conseil n'est affecté à aucune
mission facturable. Il reste salarié, rémunéré et sous l'autorité de son employeur. Ses
obligations pendant cette période (présence, formations, projets internes) dépendent de son
contrat et de la convention collective applicable : en cas de doute, faites valider par votre
conseil juridique.
Combien coûte l'intercontrat
Le coût direct se calcule simplement : le coût employeur journalier du consultant multiplié par
le nombre de jours non facturés. Le coût réel est plus élevé, car chaque jour d'intercontrat est
aussi un jour de chiffre d'affaires perdu.
Exemple illustratif, chiffres fictifs : un consultant facturé 600 € par jour, avec un
coût employeur de 330 € par jour, passe 20 jours ouvrés en intercontrat. Coût direct : 6 600 €.
Chiffre d'affaires non réalisé : 12 000 €.
Mesurer : taux d'intercontrat et taux de staffing
Taux d'intercontrat = jours ouvrés en intercontrat ÷ jours ouvrés disponibles des
consultants × 100.
Les jours disponibles excluent les congés, absences et formations planifiées. Le taux de staffing (ou taux d'occupation) mesure l'inverse : la part des jours disponibles effectivement facturés.
Suivez les deux par mois, par agence et par métier : un taux global correct cache souvent un métier
en surcapacité.
Pourquoi les consultants restent en intercontrat
- Les fins de mission découvertes trop tard, quelques jours avant la date.
- Des dossiers de compétences périmés, qui ne reflètent pas la dernière
mission.
- Une prospection limitée aux clients existants, alors que le besoin pour ce
profil est ailleurs.
- Un décalage métier entre les profils en stock et la demande du marché.
- Une zone géographique où le client cible n'a pas de besoin.
Sept leviers pour replacer un consultant plus vite
1. Anticiper à J-60
Tenez un calendrier des fins de mission et commencez à chercher la suivante 60 jours avant.
Demandez au client, à J-60, s'il compte prolonger : la réponse change tout le plan.
2. Garder le dossier de compétences à jour
Mettez-le à jour à chaque fin de mission, pas le jour où un client le demande. Mettez en avant
les compétences tenues dans la dernière mission, avec le contexte (secteur, taille d'équipe,
stack).
3. Cibler les entreprises qui recrutent le poste du consultant
C'est le levier le plus sous-utilisé. Une entreprise qui publie une offre en CDI pour « Data
Engineer senior » dans la zone du consultant a un besoin daté, budgété, et souvent un
recrutement qui prend du temps. Proposer le consultant en régie pendant le recrutement est une
offre concrète, facile à évaluer pour le manager du poste.
Lead Scorer automatise cette recherche : l'agent trouve les offres ouvertes pour un métier et
une zone, les vérifie sur leur source, écarte les cabinets de conseil et de recrutement, puis
identifie et note les décideurs. Voir comment partir des entreprises qui recrutent.
4. Activer le réseau des clients existants
Les managers de vos clients actuels connaissent des besoins dans d'autres équipes ou d'autres
entreprises. Demandez-leur explicitement, avec le profil du consultant disponible.
5. Utiliser l'intercontrat pour monter en compétence
Une certification ciblée sur la demande du marché (cloud, data, sécurité) rend le consultant
plus facile à placer. Choisissez-la à partir des offres que vous voyez passer, pas d'un
catalogue.
6. Compléter avec des freelances plutôt que surrecruter
Une partie de l'intercontrat vient de recrutements faits pour un pic de demande. Un vivier de
freelances qualifiés permet de répondre aux pics sans augmenter la base salariale. Le sourcing freelance relie ces besoins aux profils disponibles, TJM
et disponibilité datés.
7. Piloter par métier, chaque semaine
Une revue hebdomadaire de 30 minutes : consultants en intercontrat ou à moins de 60 jours de
leur fin de mission, actions en cours pour chacun, besoins détectés par métier. L'intercontrat
se réduit par la régularité, pas par une campagne ponctuelle.
Le message qui replace un consultant
Bonjour Marc, j'ai vu votre offre « Data Engineer senior » publiée en septembre. Nous avons
un consultant disponible à partir du 3 novembre : 7 ans de data engineering, Spark et dbt,
dernière mission dans l'énergie. S'il vous faut quelqu'un pendant le recrutement, il peut
tenir le poste en régie. Voulez-vous son dossier de compétences ?
Court, ancré sur l'offre, avec une proposition qui facilite le recrutement au lieu de le
concurrencer, et une seule question.